Le jeûne

Définition

Qu’est ce que le jeûne ?

La pratique du jeûne (qui consiste en s’abstenir de consommer de la nourriture) est ancienne dans l’histoire de l’Humanité. Ses prétendues vertus curatives et préventives sont citées depuis l’Antiquité. Hippocrate préconisait le jeûne. Socrate et Platon le trouvant souverain pour un bon équilibre physique et mental, s’adonnaient régulièrement à des jeûnes de dix jours. Pythagore jeûna quarante jours avant de passer un examen à l’Université d’Alexandrie et il exigeait la même chose de ses élèves avant de les accepter. Pratiqué dans toutes les sociétés traditionnelles, le jeûne a été régulièrement associé à des rites. Il précède souvent les initiations. Presque toutes les religions le mentionnent et lui reconnaissent une valeur spirituelle.

La pratique du jeûne trouve actuellement un regain d’intérêt très important auprès de la population. Le terme « jeûne » englobe plusieurs types de pratiques :

Jeûne complet, encore appelé jeûne hydrique (seule l’eau est permise), jeûne partiel (apport calorique quotidien très restreint, autour de 300 kcal/jour, en tous cas moins de 600 Kcal/jour). Le jeûne peut être continu (à durée variable) ou intermittent (2 jours /mois ou 2 semaines /an ou encore un jour sur deux ou 5 jours en régime normal et 2 jours de jeûne par semaine, ou encore une restriction chaque jour de 4 à 8h, ce qui revient à sauter un repas).

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Effets physiologiques

Jeûner induit des modifications métaboliques. Certains auteurs estiment que les périodes de jeûne stimulent les processus d’autophagie (Pietrocola et al., 2017). Selon le groupe de Mark Mattson (Anton et al., 2018), le jeûne constituerait un « challenge » (tout comme l’exercice physique ou intellectuel) qui permettrait au niveau du cerveau, la mise en place de réponses adaptatives au stress, favorisant l’apprentissage, la mémoire et diminuant les risques de maladies neurodégénératives. La pratique du jeûne est également jugée comme « inscrite » dans le monde animal puisque qu’ils s’abstiennent très souvent de se nourrir lorsqu’ils sont malades ou blessés.
Des mécanismes se seraient mis en place au cours de l’évolution permettant de faire face au manque de glucose par la métabolisation des cétones (Lemar 2011). Ces cétones induiraient la production de facteurs de croissance comme le FGF et le BDNF, ce qui aurait pour conséquence la production de nouveaux neurones dans les zones de neurogenèse (en particulier chez l’homme le gyrus denté de l’hippocampe), l’augmentation du nombre de mitochondries dans les neurones et la formation de nouvelles synapses. De plus, la production d’ATP à partir des cétones produirait moins de radicaux libres qu’à partir du glucose, ce qui limiterait le stress oxydatif au niveau de l’ADN des cellules.

Utilisation thérapeutique

L’augmentation du nombre de personnes en surpoids à travers le monde est principalement due à de mauvaises habitudes alimentaires et à une diminution de plus en plus prononcée de l’activité physique selon l’OMS. Les régimes riches en sucres, en produits d’origine animale et en graisses, l’environnement alimentaire (aliments préparés ou industriels, alcool, boissons sucrées) sont identifiés comme étant les facteurs de risque principaux de cette épidémie. Ainsi, l’augmentation dans la population des troubles cardiovasculaires, du diabète, de certaines maladies inflammatoires ou de différents types de cancer sont en lien avec cette épidémie d’obésité. Le jeûne pourrait avoir un impact positif sur ces pathologies. Toutefois, le jeûne reste une pratique complexe à évaluer, en particulier car il fait référence à d’autres dimensions que la seule dimension thérapeutique, et est souvent associée à une « philosophie de vie » et aucune étude scientifique n’a été menée en France à ce jour à notre connaissance.
Selon un rapport réalisé en 2014 par l’INSERM, le jeûne à visée préventive ou thérapeutique n’est pas à ce jour proposé ou prescrit dans un cadre médicalisé en France mais il est proposé dans les centres médicalisés en particulier d’outre-Rhin (Wilhelmi de Toledo et al., 2019). Cette étude décrit la sécurité et l’impact positif du jeûne pratiqué dans un lieu agréable, en association avec des randonnées dans la nature et/ou des activités de bien être sur l’état général et la « santé » de 1422 sujets analysés de façon rétrospective. A l’heure actuelle se développe une multitude d’offres de séjour du type « jeûne et randonnée », proposant d’allier un jeûne hydrique ou partiel à une activité physique modérée. Même si le jeûne semble être une piste thérapeutique intéressante, les bienfondés ou les risques de ces pratiques ne sont pas démontrés scientifiquement à l’heure actuelle et dépendent de l’âge et de l’état physique et métabolique.

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Résumé d’après le Dr. Alice Guyon, le Dr. Jolanda Weerts et le Pr. Patrick Baqué

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